Pensionnat indien d’Alex Janvier

« Pensionnat indien »
Alex Janvier
Acrylique sur toile, 2007
72 po x 48 po
Pensionnat indien est un tableau d’Alex Janvier commandé par Commission de témoignage et réconciliation du Canada. Descendant des Denesulines et des Saulteaux, Alex Janvier est le lauréat du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques pour l’année 2008. Il a fourni la description suivante de son tableau.
Cette œuvre décrit mes années (1943 à 1953) au pensionnat indien Blue Quills près de St. Paul, en Alberta.
L’entrée de l’école est couverte de roses, présage de changements merveilleux. Toutefois, nous avons vite compris que la fréquentation de cette école ne nous apporterait pas ce que nos parents avaient espéré pour nous. Dès notre arrivée, il y avait des religieuses partout ainsi que deux ou trois prêtres. Le monde s’est mis à changer. Nous avons tous, sans exception, dû nous faire raser le crâne, passer sous la douche chaude et nous pencher pour permettre l’inspection de notre postérieur. À la sortie des douches, on nous a enduit la tête d’une solution qu’on appelait à l’époque huile à poux. Ensuite, nous avons revêtu de nouveaux vêtements et nous étions tous semblables. On nous a alors donné des numéros. Mon premier numéro était le soixante-douze.
Un grand « X » est peint sur l’école. Le chemin menant à l’école est jonché de roses. En haut, des garçons et des filles pleurent aux fenêtres. Ils crient leur peur et leur solitude. Ils ne savent pas ce qui les attend.
Il en sera ainsi tous les jours. Ensuite se sont installées une routine absolue et une stricte obéissance. Les courroies et les fouets étaient pratique commune. Que l’on comprenne ou non, le fouet avait raison de tout.
À l’école, nous devions prier plusieurs fois par jour.
En haut, en arrière-plan, il y a Dieu tel que perçu par la plupart des enfants, notre version du Créateur.
Un ange porte l’âme d’un enfant à notre Créateur. Lorsqu’un enfant décédait, il était retourné à la maison dans un petit cercueil accompagné d’une note à l’intention des parents. Les mots écrits à la main disaient : « Votre enfant est mort comme un ange. »
Les enfants qui ont vécu dans les pensionnats jusqu’à l’âge adulte n’ont pas grandi normalement, privés de leur culture personnelle et de la culture de leur communauté. Notre langue maternelle était interdite. Nous ne parlions qu’en anglais ou en français. L’histoire de beaucoup de ces enfants n’a jamais été racontée. Tous ceux qui n’ont pas parlé de leurs expériences ont amené leur histoire dans leur tombe.
Seuls les survivants peuvent nous parler de cette saga qui a fait plus de mal que de bien. Les autres reposent dans des cimetières. Mais la peinture montre un ange portant l’âme d’un enfant vers la maison de Dieu.
Lorsque je me rappelle ces jours, je me dis que tout cela est bien triste mais vrai. Ceux qui ont vécu ces expériences ont emporté leurs cicatrices dans l’éternité et sont réduits au silence. Malgré tout, beaucoup d’entre nous ont survécu et s’efforcent de vivre le mieux possible.
À cette époque, « notre Créateur » veillait sur nous et aujourd’hui encore. Pour cela, je suis simplement reconnaissant d’être vivant – d’être vivant et de pouvoir en parler.
Alex Janvier, CM, ARC
20 août 2008
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